Voler en toute sécurité

Si l’avion est reconnu comme le moyen de transport le plus sûr, ce n’est pas le fruit du hasard. Cette absence de risques apparents en ferait presque oublier la vigilance accrue d’une armée de professionnels qui, de la conception au démantèlement de l’appareil veille sans cesse à son bon fonctionnement. Dans ce process, la maintenance est une étape cruciale, et pourtant ses enjeux sont peu connus des passagers… Décryptage.

  • 20/06/2017

Fiabilité, sécurité, efficience sont les piliers de la maintenance aéronautique, MRO pour les intimes ou maintance, repair and overhaul, littéralement maintenance, réparation et révision. Un marché en pleine croissance et en pleine évolution. En effet, le nombre de passagers devrait doubler d’ici 2034, ainsi que la flotte mondiale. Par ailleurs, les constructeurs travaillent constamment sur des améliorations techniques et technologiques qui impactent les activités de maintenance.

La maintenance, une expertise humaine et technologique

« La maintenance est un ensemble d’opérations techniques et administratives visant à assurer la navigabilité des appareils et de leurs équipements tout au long de leur exploitation » explique Franck Cazaurang, directeur de l’Institut de Maintenance Aéronautique de l’université de Bordeaux. Des opérations dont le montant représente entre 15 et 17 % de la structure des coûts d’une compagnie aérienne, à savoir le 3ème poste de dépenses après le carburant et la masse salariale. « Entretenir un avion coûte cher, il faut qu’il vole. Une immobilisation équivaut à des centaines de milliers d’euros, précise Franck Cazaurang. Car si les machines sont fiables, elles n’en sont pas moins très sollicitées ; un long courrier vole en moyenne une dizaine d’heures par jour. » Les révisions sont donc méticuleusement réalisées tout au long de la vie de l’aéronef par des opérateurs chargés de détecter tout impact ou dommage susceptible d’altérer l’appareil.

De la maintenance dite « en ligne » quotidienne  sur le tarmac, à la maintenance lourde qui peut prendre quelques jours à plusieurs semaines d’immobilisation, il faut passer par les « check » intermédiaires communément appelés  A, B et C dans le milieu. Ces vérifications sont prédéfinies de façon structurée et effectuées selon des occurrences variables selon le type d’appareil, le nombre de cycles (1 décollage, 1 atterrissage) ou celui des heures de vol depuis la dernière visite. Chaque programme d’entretien est défini par la compagnie aérienne en conformité d’une part aux instructions de maintien de la navigabilité fournies par le constructeur et d’autre part à celles émises par l’autorité compétente (Europe Aviation Safety Agency, Direction Générale de l’Aviation Civile, Federal Aviation Administration…). 

Assurer un niveau de sécurité optimal

Car c’est grâce aux soins constants apportés aux avions que ce mode de transport reste le plus sûr. En effet, selon certaines études, un défaut de maintenance ou une négligence constituerait  l’une des trois principales causes des accidents aériens*… La maintenance est donc un élément essentiel de la sécurité. Comme le confirme Olivier Puissant, responsable de la plateforme aéronautique de l’université de Bordeaux, « dans la filière aéronautique, notre leitmotiv est safety is a must, quality is required, failure is not an option – la sécurité est un devoir, la qualité nécessaire et la panne n’est pas une option.

L’augmentation du trafic tout comme celui de la concurrence ne doit en aucun cas mettre à mal cette règle, applicable depuis la conception de l’aéronef jusqu’à son démantèlement ». Pour ce faire, des efforts considérables sont effectués pour améliorer la fiabilité des avions. A titre d’exemple, la probabilité d’une extinction de moteur en vol a été diminuée de 400 fois en quarante ans. Résultat, l’intervalle entre deux visites a quasiment doublé. Pour la visite D (grande visite), elle atteint 12 ans pour un Boeing 787, alors qu’elle était de 6 ans pour un Boeing 767 de la précédente génération. Les trains d’atterrissage comme les freins ont gagné deux ans de durée de vie supplémentaires. « Cette fiabilité a permis à la fois d’augmenter la sécurité et de réduire les cycles de maintenance, donc les coûts. C’est ce qu’on appelle l’efficience » poursuit Olivier Puissant.  

De la maintenance préventive à la maintenance prédictive

Un challenge permanent auquel les innovations récentes, tels que les nouveaux matériaux, systèmes électriques, équipements cabines… ainsi que les nouvelles applications du big data et du numérique concourent largement. Au même titre que l’utilisation de drones ou de robots optimisent largement l’inspection des appareils au sol. Tout cela permet de réduire les coûts- celui de la maintenance par siège a été divisé par deux entre les avions des années 1980 et ceux de la dernière génération comme l’Airbus 350XWB et le Boeing 787- d’optimiser et d’anticiper les opérations.

On parle de maintenance « prédicitive » (calqué sur le terme anglais de predicitive maintenance) ou prévisionnelle dont le but est d’agir sur l’élément défaillant au plus près de sa période de dysfonctionnement. L’idée est de calculer les probabilités de pannes afin de les anticiper pour mieux les planifier. « L’exploitation du big data  permet d’optimiser les fréquences des opérations d’entretien en passant de la maintenance préventive à la maintenance prédictive » précise Olivier Puissant.

Par ailleurs, les volumes importants d’interventions, ainsi que l’évolution des techniques embarquées implique une recherche de progrès tant dans l’organisation du travail que dans les techniques de mise en œuvre. A titre d’exemple, la réalité augmentée permet d’accompagner les opérateurs directement sur le terrain sans avoir recours à une documentation papier fastidieuse. Ou encore l’utilisation de la réalité virtuelle pour former des opérateurs aux taches sur avion, sans pour autant nécessiter la mobilisation d’un véritable avion. L’implication de plus en plus importante des matériaux composites dans la structure des aéronefs implique également des techniques de détection et de réparation innovantes…

L’intégration de toutes ces nouvelles compétences change complètement la donne, notamment sur la réparabilité des pièces et la rapidité d’exécution. In fine, la tendance à réduire les temps d’intervention et les intervalles entre deux interventions (turn around time), se confirme. L’innovation est donc un vecteur de croissance de plus en plus important sur ce marché et un enjeu central pour les années à venir.

Source : Les Echosétudes - Juillet 2015

  • 131 milliards de $ : chiffre d’affaires total de la MRO civil et militaire pour une flotte mondiale de 123000 aéronefs de tous types
  • 4 à 5 % par an : progression moyenne du trafic aérien, tendance qui se poursuivra pour les 20 ans qui viennent
  • 25 ans : durée de vie moyenne d’un avion

* Les Echosétudes - Juillet 2015

U#7

Un article à retrouver dans le numéro 7 du magazine de l'université de Bordeaux