Mathieu Bécue : l’innovation à portée de main

Dans sa cuisine d'analyse d’innovation, Mathieu Bécue glisse brevets d’inventions, publications scientifiques et données financières à foison. A la tête d'une équipe d'ingénieurs d'études et aux côtés d’enseignants chercheurs, il tente de mieux apprécier l’environnement dans lequel mijotent les innovations de demain. Portrait d'un chef hyperactif qui a plus d'un projet sur le feu.

  • 22/06/2017

Mathieu Bécue Mathieu Bécue

Batterie et basse rock voir funky, trompettes hispanisantes et chœurs envoûtants… Le titre Dor e Dor du chanteur brésilien Tom Zé est dynamique, exotique et surprenant. Trois adjectifs à l’image d’un de ses auditeurs du moment : l’économiste Mathieu Bécue. Spécialiste en intelligence technologique, (ex)globe-trotter, hyperactif, cet amateur de musique épicée a bien des projets à nous concocter ! Ingénieur d’étude au Gretha et directeur de Via Inno, un centre d’innovation sociétale, Mathieu Bécue a d’ailleurs reçu cette année le cristal du Cnrs, une médaille qui vient récompenser ses travaux de recherche.

Si le terme « intelligence technologique » ne vous parle que vaguement et que vous sustenter d’analyses sectorielles friserait l’indigestion, soyez rassuré : le parcours de Mathieu Bécue n’a rien d’une équation assommante. A peine né en Normandie, il fait ses premiers pas en Syrie. Puis à 4 ans, il revient au pays du calvados et fait jouer de la raquette. D’une compétition à une autre, il s’en va même soulever la terre rouge de Roland-Garros en 4e série. Épris de celle qui sera sa future femme, spécialiste en économie également, Mathieu Bécue quitte tôt le foyer familial et enchaîne plusieurs formations en économie industrielle et du développement – à l’université de Rouen puis sur Paris– dont les choix s’expliquent aussi bien par la raison que le cœur. S’il débute avec une licence en administration économique et sociale, c’est par un besoin déjà bien présent de ne pas aborder l’économie sur la base exclusive des modélisations mathématiques.

J’ai toujours été soucieux de cela. L’analyse économique n’a pas beaucoup de sens si on ne prend pas en compte de nombreuses composantes, comme la sphère juridique par exemple.

Et s’il choisit pour sa première expérience professionnelle de s’envoler vers la Guinée Conakry, c’est bien parce que sa compagne y a décroché un poste. Là-bas, il devient enseignant en analyse financière au sein de l’université Gamal Abdel Nasser et travaille pour le Cirad. Le couple s’installe ensuite en Guadeloupe, puis à Paris – où Mathieu Bécue est aux fourneaux de l’Institut Xerfi, un célèbre cabinet d’analyse sectoriel – et au Brésil pour un volontariat international au sein de l’Institut de recherche pour le développement. Posant enfin ses valises à Bordeaux, Mathieu Bécue y entame une thèse qu’il abandonne avant la soutenance. L’insaisissable économiste, qui avait auparavant refusé une autre thèse ou encore Sciences Po Paris, a décidé cette fois-ci de promouvoir le savoir de son laboratoire de recherche vis-à-vis du monde industriel et des collectivités en créant un observatoire du développement économique : Via Inno.

Des chiffres et des palmes

Orbit, SCD platinum, Zephyr, Diane, Lexis Nexis, Web of science, Scopus… Derrière ces noms étranges se cachent des bases de données - financières, scientifiques ou de brevets d’inventions - constituant la matière première que façonne Mathieu Bécue. En associant ces ingrédients, il caractérise des trajectoires d’innovation. L’intérêt ? Etre premier au 100 mètres nage libre. « Je ne vais pas dire que je veux aller vite dans une piscine si je n’ai pas de palmes. » La panoplie du parfait crawleur, ce sont des outils et méthodes pour acquérir et utiliser les bases de données. Les nageurs, de multiples acteurs - territoires, entreprises, projets de recherche… - désireux d’en savoir plus sur les dynamiques de leur secteur, de détecter partenaires ou concurrents potentiels. Ces compétences en intelligence technologique, Mathieu Bécue les investit dans Via Inno qui devient en 2012 un centre d’innovation sociétale de l’université de Bordeaux. C’est alors un véritable tremplin pour la structure qui se développe rapidement avec la création de différents laboratoires communs auprès de très importants groupes industriels : « l'idée de ces structures est de pouvoir disposer d’un cadre partenarial stable afin de transférer nos compétences à ces groupes. Le dernier en date débutera en septembre 2016 avec le groupe Michelin ». Une réussite.

Ça swing dans l’open space

Après une période très hard-rock avec quelques festivals, comme à Vincennes en 1991 où se côtoyaient ACDC et Metallica, Mathieu Bécue est revenu à des sonorités plus zen, oscillant entre jazz et ska notamment. La musique, il aime la partager, et son équipe en profite dans l’open space ! Loin des dogmes du travail de bureau, il est adepte du co-working et a besoin de dynamisme: « Je ne peux pas rester un quart d'heure sur ma chaise » confesse t-il. L'équipe prévoit d'ailleurs l'achat de tables hautes. « Je suis incapable de me concentrer sur une chose à la fois. Il faut que je travaille sur trois, quatre projets en même temps » admet-il également. En parallèle, il prend même le temps de partager ses connaissances. « Etre capable d’exposer facilement son savoir est une bonne manière de le formaliser. J’aime structurer les choses simplement : c'est ce qui permet le transfert de compétences. » Etre enseignant et ingénieur, c’est une force. Mathieu Bécue dispense de nombreux cours en master, à l’université comme à Bordeaux INP, tant en économie qu’en sciences de l’ingénieur.

S'il s’est ancré à Bordeaux, Mathieu Bécue garde l’âme grégaire et part dès qu’il peut à l’étranger, à la plage ou plus simplement à vélo. L'appel du sud se manifeste même parfois. Nostalgie brésilienne ? Qui sait donc où il sera dans dix ans...

J’aime structurer les choses simplement : c'est ce qui permet le transfert de compétences.

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U#6

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