Homo apprenticus

Je suis donc j’apprends, j’apprends donc je suis. Inévitablement. Invariablement.

  • 13/10/2016

Apprendre, du latin apprehendere, et prehendere, prendre, saisir par l'esprit.  Verbe transitif et définition polysémique. Apprendre ? Acquérir, être informé, enseigner, transmette, mais aussi faire savoir, communiquer. Apprendre quoi ? Une connaissance, un savoir, un savoir-faire, une information, une nouvelle… Apprendre comment ? Par l’étude, la pratique, l’expérience, la transmission, le partage… 

Apprendre, une faculté motrice de l’évolution de chacun mais aussi de la société entière et vecteur de progrès à l’échelle planétaire. Apprendre, une notion sans début ni fin qui se conjugue au présent au passé et au futur et qui nécessite sans cesse de créer des liens entre ces trois dimensions du temps.

Apprendre, un processus cérébral si complexe que les neurosciences et les sciences cognitives n’en finissent pas de chercher à le comprendre. Car si les cellules de nos infatigables cerveaux sont capables de se régénérer au fur et à mesure que nous vieillissons, nos capacités d’apprentissage bien que permanentes sont inégales et fluctuantes. Et ce n’est pas qu’une histoire de neurones. Il en va aussi des origines sociales et culturelles, de l’environnement et de la qualité de vie de chaque individu.

Une problématique présente entre autres en milieu scolaire. L’école, haut lieu des premiers apprentissages, est un vaste sujet au centre de tous les débats. Les politiques ne s’y trompent pas et chaque quinquennat inaugure un nouveau projet pour l’école. En cette rentrée 2016, c’est le  collège qui est sous les feux de la rampe avec la fameuse réforme dont l’objectif de « mieux apprendre pour mieux réussir » doit garantir à chaque enfant les moyens de progresser.

Un véritable défi pour les enseignants qui doivent continuer d’apprendre à apprendre pour mieux transmettre en déconstruisant les savoirs disciplinaires et en introduisant de nouveaux types de pédagogie souvent liés au développement des outils numériques.  Car l’arrivée des nouvelles technologies bouleverse incontestablement les  modes d’apprentissages… Les possibilités croissantes offertes par les supports en ligne comme les MOOC (massive open on line courses- cours en ligne ouverts et massifs), les serious games (jeux « sérieux »), sites à vocation pédagogique et autres tutoriels divers et variés attisent notre immense soif d’apprendre… et dématérialisent  les lieux d’apprentissage.

Apprendre ne sera jamais seulement virtuel.

L’université dans 20 ans aura mis au point tout un éventail d’innovations pédagogiques, incité une grande partie de ses étudiants à la mobilité et aura parallèlement poussé une autre à suivre des formations en apprentissage, à savoir en immersion dans le milieu professionnel. Mais elle continuera aussi à inviter collégiens et lycéens à découvrir ses activités de recherches par des actions de médiation des sciences. Parce que toutes les technologies ne sont que des moyens et non des fins, apprendre ne sera jamais seulement virtuel.

Apprendre, verbe évolutif, productif, progressif, inventif, apanage d’un homo apprenticus en quête d’en savoir toujours plus… (Ap)prendre ou à laisser, nous avons choisi !

La vie doit être une éducation incessante ; il faut tout apprendre, depuis parler jusqu'à mourir.

Gustave Flaubert — Correspondance

U#6

Feuilletez l'intégralité du magazine en pdf !