Une médaille d’argent pour Hélène Budzinski et la chimie de l’environnement

Hélène Budzinski, directrice de recherche CNRS en chimie analytique et chimie de l’environnement, au sein de l’équipe LPTC* du laboratoire Environnements et paléoenvironnements océaniques et continentaux, va recevoir la médaille d’argent du CNRS ce mardi 24 octobre. Cette distinction vient récompenser ses travaux de recherche en chimie de l’environnement et écotoxicologie. Entretien.

  • 25/10/2017

Hélène Budzinski, lauréate 2017 de la médaille d'argent du CNRS © DR Hélène Budzinski, lauréate 2017 de la médaille d'argent du CNRS © DR

A l’occasion de cette remise de médaille, quel regard portez-vous sur les presque 25 années qui se sont écoulées depuis votre soutenance de thèse en 1993 ?

Déjà, c’est passé très vite, cela ne m’a pas semblé si long que cela ! C’était passionnant, trépidant, sur un rythme qui s’est accéléré de façon permanente. Au début de ma carrière, la recherche en chimie de l’environnement était un domaine assez confidentiel, avec peu d’interaction avec les autres sciences, pas de relais dans les différents milieux socio-professionnels.
Et aujourd’hui, tout le monde se l’approprie. C’est très gratifiant et en même temps, c’est une source de stress et de tension car on va demander au scientifique d’avoir un avis sur tout. Et il ne doit pas donner son avis personnel mais un avis construit et argumenté.
C’est donc une communauté qui s’est renforcée, qui s’est structurée au fil des ans et mon activité de recherche a suivi cette croissance. On ne travaille plus de la même façon qu’il y a 25 ans et ce changement a notamment permis l’émergence de ces nouveaux domaines même s’ils n’étaient pas appuyés sur une forte communauté.
On peut reconnaître au CNRS d’avoir été à l’écoute de ce changement et d’avoir eu une vision politique en ouvrant un poste en chimie de l’environnement dès 1993, un domaine qui n’était pas le plus porteur. Et qui est même resté à la limite de l’ésotérisme pour certains pendant très longtemps.
Côté négatif, aujourd’hui, on passe clairement trop de temps à écrire des projets. Cela reste frustrant, je rêve de pouvoir passer une semaine à faire de la spectroscopie de masse ou 15 jours en campagne océanographique. Ce n’est plus possible mais c’est aussi certainement lié à mes fonctions, responsable d’équipe et co-directrice du Labex Cote.

Quelle réaction avez-vous eu à l’annonce de cette médaille d’argent ?

De l’incrédulité tout d’abord, une très grosse émotion, beaucoup de joie mais également de stress. La joie, car c’est la reconnaissance d’une équipe, d’un groupe dont les thématiques de recherche n’étaient pas considérées comme les plus nobles. C’est la reconnaissance des chimistes, c’est lInstitut de chimie de CNRS qui remet cette médaille, mais aussi de l’Institut écologie et environnement et de l’Institut national des sciences de l'Univers.

 

Je la reçois plus comme une reconnaissance globale que personnelle, car c’est un travail d’équipe (actuellement le LPTC* regroupe 40 personnes dont la moitié de permanents, ndlr). Toutes les sciences se font en équipe, mais l’environnement est éminemment pluridisciplinaire, il est nécessaire d’avoir un spectre large de compétences. C’est donc également la reconnaissance d’une domaine de recherche. 
Pour le côté stress, qui rééquilibre un peu la joie, c’est la crainte de ne pas être à la hauteur, une volonté de ne pas décevoir.

Et si on regarde vers l’avenir, quels sont les défis notamment dans votre domaine ?

Depuis 25 ans, on est plutôt dans le constat. On a pu mettre des mots sur ce qui se passe, montrer des résultats. Parfois un peu déprimants. J’ai lu récemment que seuls deux poussins d’une communauté d’environ 18 000 couples de manchots avaient survécu en Antarctique en 2017. C’est lié à divers phénomènes résultant des changements globaux sur la planète.
Maintenant, il faut qu’on puisse relier ces constats à leurs causes et aussi leurs impacts. On a encore dû mal à faire les relations de cause à effet, c’est encore très diffus et mélangé. Et il est nécessaire de faire ce lien, car sinon les gens ont soit l’impression qu’ils n’ont plus rien le droit de faire car tout est responsable de tout, soit au contraire ils sont dans le déni ou le mépris, ils pensent qu’il n’y a plus rien à faire car tout est impacté et pollué. C’est contreproductif.

La pollution chimique, c’est un tout. C’est un effet mélange, et c’est une réalité et par exemple, il ne faut pas que se focaliser sur les pesticides, et oublier les plastifiants, les cosmétiques, les médicaments...

Désormais, Il faut dépasser les constats, aller vers des solutions et à terme ne plus reproduire les mêmes causes. Il faut également anticiper et développer des outils de recherche prédictive et travailler à anticiper.
Par exemple, pour le changement climatique, si on s’était contenté d’observer, il n’y aurait eu que peu de changement et une prise de conscience certainement plus tardive. Ce sont les modèles climatiques des 20 ou 50 prochaines années, même si on les critique et s’ils peuvent être imprécis, qui ont permis cette prise de conscience. On est en retard là dessus dans le domaine de la pollution chimique. C’est un manque et c’est aussi notre défi pour les prochaines années.

Vous êtes responsable de l’équipe LPTC* mais aussi co-directrice de Cote, un mot sur ce Labex ?

C’est une aventure superbe, même si elle est également fatigante ! On sort de sa zone de confort, donc cela fait aussi progresser de gérer une telle structure. C’est passionnant, c’est une communauté qui s’est rencontrée autour des sciences de l’environnement, avec des chimistes, des sociologues... C’est aussi une grande chance que cette thématique ait été retenue par l'université pour montage, là aussi il fallait être visionnaire et avoir une vision positive. 
On est dans un cocon et on a une certaine liberté qui donne de l’oxygène, qui facilite le travail et participe à avoir des idées. Ces Labex ont été une chance pour Bordeaux et la communauté universitaire.

* L'équipe de physico et toxico-chimie de l'environnement

Portrait express d'Hélène Budzinski

Pesticides, hydrocarbures, résidus de polychlorobiphényles et de dioxines, Hélène Budzinski traque sans relâche ces micropolluants dans les cours d’eau et les océans du monde entier.
Après une thèse en lien avec l’exploitation pétrolière, la jeune chimiste intègre en 1993 le CNRS, où elle réoriente ses travaux vers l’éco-toxicologie.
Au début des années 2000, elle est l’un des tout premiers scientifiques à s’intéresser aux composés pharmaceutiques en tant que potentiels polluants des milieux aquatiques. Elle figure parmi les pionniers de l’étude des polluants dits « émergents », qui regroupent également les perturbateurs endocriniens, les plastifiants, les cosmétiques, etc.
Hélène Budzinski est aujourd’hui un des chefs de file, nationaux et internationaux, incontestés de ce domaine d’expertise, qui s’appuie entre autres sur la spectrométrie de masse pour détecter des molécules souvent présentes à l’état de trace. Entrée en 2011 au sein de l’unité de recherche Environnements et paléoenvironnements océaniques et continentaux de Bordeaux, la chercheuse anime l’équipe Physico et toxico-chimie de l’environnement. Depuis plus de 5 ans, elle codirige par ailleurs le Labex Cote, qui vise à décrypter les réponses des écosystèmes aux changements induits par l’homme.

Sources : CNRS

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Hélène Budzinski
Directrice de recherche CNRS