Les parures : un traceur de la néolithisation de l’Europe

Une publication dans Plos One d'une équipe de chercheurs bordelais et américains sur la complexité des échanges entre les populations européennes à un moment clef de l’histoire de ce continent.

  • 10/04/2015

Les parures : un traceur de la néolithisation de l’Europe Les parures : un traceur de la néolithisation de l’Europe

L’introduction, il y a 8000, de l'agriculture et de l’élevage en Europe résulte de l'arrivée de populations en provenance du Proche Orient. Les interactions que ces populations ont pu avoir avec les chasseurs-cueilleurs mésolithiques, vivant à cette époque en Europe, ne sont pas très bien connues. Des échanges génétiques importants ont certes eu lieu mais qu'en est-il des échanges culturels et de ceux relevant du monde symbolique ?

Les sites archéologiques du Mésolithique sont souvent discrets et les vestiges matériels sont bien différents de ceux que l'on découvre sur les sites des premiers producteurs.

Une étude récente, menée par une équipe de chercheurs du CNRS rattachés à l’Université New York (UMI CIRHUS) et Bordeaux laboratoire Pacea, a fait face à ce défi en comparant, à l’échelle de l'Europe, les objets de parure utilisés par les deux populations.

L'analyse statistique de ces données, parue dans Plos One, identifie des zones, surtout dans la région méditerranéenne, où l'introduction d'une économie de production s'accompagne de la diffusion de nouveaux objets de parure, incorporés aux parures utilisées de longue date par les sociétés de chasseurs-cueilleurs. En revanche, dans le nord de l'Europe, les parures des chasseurs-cueilleurs continuent à être utilisées sans changement notable.

Le premier cas de figure est interprété par les chercheurs comme un renouvellement des modes vestimentaires, indice de l’arrivée de nouvelles populations et modes de pensée. La situation du nord de l’Europe révèle une résistance des populations locales à intégrer les tendances vestimentaires et la vision du monde des sociétés agraires frontalières. Cette résistance a retardé de plusieurs siècles la pleine adoption d'une économie de production dans le nord de l'Europe et a sans doute eu des conséquences sur les échanges génétiques entre ces populations.

L'étude apporte une image inédite de la complexité des relations entretenues par les populations européennes dans un moment clef de l’histoire de ce continent.

Cet article repose partie sur la thèse de Solange Rigaud, récompensée par le prix de la meilleure thèse en Sciences humaines et sociales de l'université de Bordeaux.

Références : 

Ornaments Reveal Resistance of North European Cultures to the Spread of Farming

Solange Rigaud, Francesco d'Errico, Marian Vanhaeren
Centre National de la Recherche Scientifique (CNRSCentre national de la recherche scientifique ), Unité Mixte Internationale 3199 (UMI3199), Centre for International Research in the Humanities and Social Sciences (CIRHUS), New York University, New York, USA
Service de Préhistoire de l’Université de Liège, Liège, Belgium
Centre National de la Recherche Scientifique (CNRSCentre national de la recherche scientifique ), Unité Mixte de Recherche 5199 (UMR5199), de la Préhistoire à l'Actuel: Culture, Environnement et Anthropologie (PACEA), université de Bordeaux, Talence, France
Institute for Archaeology, History, Cultural Studies and Religion, University of Bergen, Bergen, Norway

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