Le rythme du Liryc bat son plein

A l’occasion de l’inauguration du bâtiment de l’IHU Liryc, point sur cet institut unique en Europe et les recherches qui y sont développées consacrées aux problèmes électriques du cœur, première cause de mortalité en France.

  • 20/12/2016

La salle de chirurgie cardiaque à l'IHU Liryc © IHU Liryc - Richard Nourry La salle de chirurgie cardiaque à l'IHU Liryc © IHU Liryc - Richard Nourry

« Restaurer l’harmonie électrique du cœur », voilà la mission des chercheurs de l’Institut hospitalo-universitaire Liryc, dont le bâtiment a été inauguré ce vendredi 4 novembre. Pour cela, un nouvel ensemble immobilier de 7300 m2 dédié à la fois à la recherche, à l’innovation et à la formation a été construit sur le site de l’hôpital Xavier Arnozan à Pessac. Il accueille d’ores et déjà 130 médecins, biologistes, mathématiciens, informaticiens, physiciens, de 15 nationalités différentes, spécialistes dans les domaines de la cardiologie, l’électrophysiologie, la modélisation, le traitement du signal, l’imagerie... Pour le professeur Michel Haïssaguerre, chef d’orchestre et instigateur de cet institut de rythmologie et modélisation cardiaque, « pouvoir réunir tous ces scientifiques sous le même toit est la vraie différence, car au début nous n’avions pas le même langage ».

1 mort subite toutes les 10 minutes en France

Et il faut cette complémentarité et multidisciplinarité pour s’attaquer aux problèmes électriques du cœur, première cause de décès en France. La contraction mécanique de ce muscle, même si elle est indispensable, ne peut se faire sans une onde électrique. Et un désordre au niveau de sa propagation entraîne différentes pathologies. La fibrillation auriculaire tout d’abord qui est une désorganisation au niveau des oreillettes du cœur. C’est une des causes majeures de l’AVC, elle touche 1 million de personnes en France et 35 millions dans le monde.

Présentation de la veste d'électrocardiogramme dans la salle de chirurgie cardiaque par le professeur Michel Haïssaguerre lors de l'inauguration du bâtiment, en présence notamment d'Alain Juppé, Alain Rousset, Philippe Vigouroux et Manuel Tunon de Lara.

Les chercheurs du Liryc s’intéresse également à l’insuffisance cardiaque. La pompe du muscle cardiaque va s’essouffler et ne plus remplir son rôle correctement. Elle concerne 1 million de personnes en France et 23 millions dans le monde. Et enfin, 3e cheval de bataille du Liryc et pas le moindre, la mort subite par fibrillation ventriculaire. Pour le professeur Michel Haïssaguerre, « il s’agit d’un problème de santé publique qui est sous-estimé ». Cela s’expliquerait par le fait qu’il y ait moins de compassion pour cette pathologie qui reste méconnue, la mort étant instantanée. Mais les chiffres sont éloquents : 1 mort subite toutes les 10 minutes en France, plus que la mortalité des cancers colorectal, du sein et du poumon réunis, seuls 2% de survivants, 6 millions de décès par an dans le monde. « Il faut attaquer cette maladie par tous les moyens » explique le docteur Mélèze Hocini, directrice adjointe de l’IHU**.

Observer un cœur en plein travail

Il reste en effet impossible pour le moment de détecter un patient à risque même si le professeur Haïssaguerre et son équipe ont montré que ce sont des structures appelées cellules de Purkinje qui initieraient le phénomène. L’IHU Liryc vient d’ailleurs d’obtenir un financement de 6 millions de dollars de la Fondation Leducq et devient le coordinateur européen d’un réseau transatlantique dédié à la mort subite.

Pour traiter ces pathologies, ce centre s’appuie sur une plateforme technologique transverse et unique en Europe qui peut étudier de la molécule jusqu’au patient, du microscopique au clinique. Elle comprend des supercalculateurs pour analyser le signal, un IRM de très haut champ (9,4T) permettant d’observer un cœur en plein travail avec une résolution de 100 microns… A noter également depuis la création officielle de l’IHU en 2011 le développement de la plateforme Music dans la lutte des arythmies ou encore de « l’électrocardiogramme du futur », c’est-à-dire une veste de 250 électrodes là où les électrocardiogrammes actuels n’en dénombrent que 12 (Cf magazine U#5 p47).

Côté institutionnel, le Liryc est le fruit d’un partenariat entre l’université de Bordeaux, le CHU de Bordeaux, Inria, le Conseil régional Nouvelle-Aquitaine, l’Inserm et le CNRS. Sa gestion est assurée par le biais d’une fondation abritée par la fondation Bordeaux université. Dans le cadre du Plan des investissements d’avenir (PIA), l’institut a pour objectif l’autofinancement à terme et lancera avec cette dernière une campagne de fundraising en 2017. Il développe également des partenariats forts avec une dizaine de partenaires industriels.
Avec ce nouveau bâtiment opérationnel, tout est en place désormais pour que le cœur de l’IHU Liryc puisse battre le plus longtemps et le plus efficacement possible.

*Professeur des universités et praticien hospitalier, responsable de l’IHU Liryc, membre du Centre de recherche cardio-thoracique de Bordeaux (unité mixte université de Bordeaux et InsermInstitut national de la santé et de la recherche médicale )
**Maître de conférence et praticien hospitalier, Service de cardiologie – électrophysiologie et stimulation cardiaque, CHU de Bordeaux – université de Bordeaux

Pour en savoir plus sur l'IHU Liryc

L’Institut de Rythmologie et de modélisation Cardiaque (Liryc) dirigé par le professeur Michel Haïssaguerre a été lauréat dans le cadre du programme des investissements d’avenir, faisant ainsi partie des 6 instituts hospitalo-universitaire (IHU) retenus à l’échelle nationale. Ce projet a obtenu dans le cadre de ce programme une dotation de 45 millions d’euros et a été lancé officiellement le 1er juillet 2011.

Pour en savoir plus sur l'inauguration du bâtiment de l'IHU

M. Haissaguerre, P. Dartout, A. Juppé, P. Vigouroux, A. Rousset, Louis Schweitzer, M. Tunon de Lara, C. Blanchard-Dignac © IHU Liryc - R. Nourry