Le feu pour tailler la pierre

Une équipe internationale de chercheurs, dont certains bordelais, ont découvert le témoignage d’un usage intensif et structuré du feu par l’homme moderne pour tailler des outils il y a 65 000 ans. Ces résultats sont publiés dans la revue internationale Plos one.

  • 03/11/2016

Site de Klipdrift Shelter (Afrique du Sud) où ont été découverts les outils © M. Haaland Site de Klipdrift Shelter (Afrique du Sud) où ont été découverts les outils © M. Haaland

En Afrique du Sud, l’homme moderne - Homo sapiens sapiens - chauffait la pierre en vue de la tailler et fabriquer des outils. Un procédé extrêmement innovant et unique à cette région. C’est ce que vient de montrer une équipe internationale menée par Anne Delagnes, chercheuse CNRS et directrice du laboratoire Pacea (de la Préhistoire à l’actuel : culture, environnement et anthropologie, unité CNRSCentre national de la recherche scientifique , ministère de la Culture et de la communication et université de Bordeaux), étudiant le site côtier de Klipdrift Shelter en Afrique du Sud, découvert en 2010.
Étonnamment cette innovation, comme d’autres techniques et comportements (utilisation symbolique des pigments par exemple) disparaît à la fin de cette période du Middle Stone Age sud-africain.

Vue de l'Intérieur de la grotte de Klipdrift Shelter © Magnus Haaland - université de Bergen

 Pour Anne Delagnes qui a eu l’occasion de passer une année sur place, « cet épanouissement culturel qui disparaît au fil du temps pourrait être dû au fait que la démographie à cette période n’était pas suffisamment importante pour que cette technique se pérennise ». Mais les chercheurs n’ont pas encore la réponse. Et il faudra ensuite attendre plus de 40 000 ans pour qu’elle réapparaisse et se répande en Asie puis en Europe.

Une nouvelle forme de pyrotechnologie

Ce procédé de chauffe intentionnel de la pierre jouait un rôle important dans la fabrication des outils en pierre.92 % des échantillons rocheux étudiés – de la silcrète, une roche dure siliceuse – portaient des traces de chauffe intentionnelle.
Grâce à leurs compétences combinées en analyse des procédés de fabrication des outillages de pierre, caractérisation physico-chimique et archéologie, les scientifiques ont découvert que les blocs de silcrète étaient chauffés dans des foyers ouverts. Cet usage intensif et structuré du feu répondait à des besoins variés de nature domestique : opérations de nettoyage, maintenance des foyers et brûlage des litières, mais aussi à des activités techniques telles que la taille de la silcrète, la préparation d'adhésifs pour l'emmanchement d'outils et d'armes de jet...

Lames et outils sur lames de silcrète chauffés avant leur production, Klipdrift Shelter, Afrique du Sud. © Anne Delagnes

Hormis une augmentation de la ténacité et de la dureté du matériau, déjà connue, la chauffe des blocs conduisait à leur fragmentation, éliminant les fissures et hétérogénéités internes et produisant des fragments anguleux utilisés par les tailleurs pour en extraire de fines lames de silcrète. Autrement dit, cela permettait à ces hommes de « dégrossir » la pierre pour en faire des outils plus fins. Ces recherches sont publiées dans la revue Plos One.

* Elle comprend des chercheurs des laboratoires Pacea et De la molécule aux nano-objets: réactivité, interactions et spectroscopies (CNRSCentre national de la recherche scientifique /UPMC), en France, ainsi que des universités de Tübingen (Allemagne), de Bergen (Norvège) et de Witwatersrand (Afrique du Sud).

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Références

Early Evidence for the Extensive Heat Treatment of Silcrete in the Howiesons Poort at Klipdrift Shelter (Layer PBD, 65 ka), South Africa. Anne Delagnes, Patrick Schmidt, Katja Douze, Sarah Wurz, Ludovic Bellot-Gurlet, Nicholas J. Conard, Klaus G. Nickel, Karen L. van Niekerk, Christopher S. Henshilwood

Contact scientifique

Anne Delagnes
Chercheur CNRS

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