L’économie des émotions

Sommes-nous rationnels ou irrationnels lorsqu’il s’agit d’économie. Emmanuel Petit retrace dans cet ouvrage la façon dont les chercheurs appréhendent les émotions.

  • 09/04/2015

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Imaginez un monde où l’homme serait complètement rationnel. A l’image d’un Monsieur Spock de la série Star Trek, un vulcanien n’agissant que par pure logique. Dans ce monde, la théorie économique standard prévaudrait, les individus calculeraient avec exactitude les coûts et les avantages associés à un choix et seraient ainsi guidés vers la décision qui leur serait la plus favorable. Le temps qu’il fait (pluie ou soleil), voire l’élimination de l’équipe de football nationale d’une compétition mondiale, n’aurait ainsi aucun impact sur le comportement des investisseurs et l’évolution de la bourse, pas plus que sur le moral des ménages. L’expression du visage d’un vendeur, souriant et cordial ou intimidant et insistant, n’aurait aucun effet dans le cadre d’une négociation. L’histoire d’un enfant déshérité, avec image à l’appui, n’engrangerait pas plus de dons qu’une information statistique présentant précisément les données complètes de problème global de la pauvreté dans le monde. La publicité n’existerait même pas.

Remettre en cause la rationalité

Oui mais voilà, l’homme, ce Capitaine Kurk, cet être doué de raison, est perfectible. Il est le plus souvent « le jouet des émotions et n’en [a] pas toujours le contrôle » rappelle le chercheur de l’université de Bordeaux, Emmanuel Petit dans son dernier ouvrage intitulé Economie des émotions. Remettre en cause l’hypothèse de la rationalité dans ce domaine est le message principal que souhaite faire passer ce professeur de sciences économiques du Gretha*. C’est en prenant connaissance il y a quelques années du livre de Tibor Scitovsky, L’économie sans joie (1976) qu’il a commencé à s’intéresser à cette thématique à la croisée de la philosophie, de la psychologie et même de la neurologie.

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L’Economie des sentiments fait ainsi une revue de la littérature scientifique des 20 dernières années sur la façon dont les économistes tiennent ou ne tiennent pas compte des émotions. Truffé de références scientifiques, il est accessible à tous, pour autant qu’on s’intéresse à ces questions. Il enchaîne définitions et théories (émotions individuelles et au travail, paternalisme émotionnel…) avec des exemples d’économie expérimentale. On retiendra le dilemme du tramway ou comment la morale se mêle à la logique économique standard : il n’est pas simple d’envisager de sacrifier la vie d’une personne pour en sauver cinq autres. Ou encore l’usage surprenant des émoticônes (souriant ou triste) pour faire évoluer la consommation d’économie journalière des familles.

*Groupe de recherche en économique théorique et appliquée (unité mixte université de Bordeaux – CNRSCentre national de la recherche scientifique )

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