« Demain, j’arrête… »

A l’occasion du #MoisSansTabac, le point avec l’addictologue Marc Auriacombe sur les problématiques liées à l’addiction au tabac et la nécessité de recourir aux solutions thérapeutiques pour y remédier.

  • 14/11/2017

Arrêt du tabagisme © chones - Fotolia Arrêt du tabagisme © chones - Fotolia

« Fumer tue ». Les politiques nationales sont de plus en plus affirmées à l’encontre de la consommation de tabac. En France, comme dans d’autres pays d’Europe, il est estimé que moins de 10% des personnes ayant une addiction au tabac bénéficient d’un traitement approprié.  Ainsi, l’agence sanitaire Santé publique France et l’Assurance maladie se sont associés à l’opération #MoisSansTabac,défi collectif qui propose à tous les fumeurs d’arrêter pendant un mois avec le soutien de leurs proches. Une campagne que soutient et relaie l’université de Bordeaux, le CHU et le centre hospitalier Charles Perrens via des actions proposées aux étudiants et aux personnels sur les campus et lieux de travail.

L’addiction au tabac, une maladie du cerveau

Comme l’explique le professeur Marc Auriacombe, chef du pôle addictologie du centre hospitalier Charles Perrens à Bordeaux et directeur adjoint du laboratoire Sanpsy (unité de recherche CNRS et université de Bordeaux), « l’addiction au tabac est une pathologie cérébrale chronique et récidivante dont la majorité des consommateurs sont atteints. Le cerveau est un organe de régulation de nombreuses fonctions individuelles en relation avec l’environnement. Chez la personne addict, le système de régulation de l’usage du tabac et des sources de gratifications ne fonctionne plus. On a beau appuyer sur la pédale de frein pour s’arrêter, celle-ci ne marche plus. » Mieux vaut alors se faire aider pour la réparer…
Selon le psychiatre spécialiste en addictologie, « tout l’enjeu est de mettre le patient en lien avec le soin. Les solutions efficaces existent, mais ce n’est pas clairement dit voire pas du tout. Nous devons absolument améliorer l’accès aux soins car c’est une erreur d’insister sur l’importance de la volonté. Cela désespère les victimes de l’addiction qui se démotivent.  

Ne pas laisser le fumeur tout seul avec sa volonté

Sans accompagnement, la probabilité de rechute est presque systématique. Les personnes concernées se découragent et les dommages s’accumulent… » C’est le fameux phénomène dit du « craving » qu’il faut réussir à gérer. Cette envie impérieuse de fumer est une dimension essentielle de l’addiction au tabac et un facteur de rechute à long terme comme prouvé par le laboratoire Sanpsy.
Pour une abstinence tabagique réussie, il faut donc traiter le craving d’abord avec une information adéquate puis avec des médicaments et/ou des solutions non médicamenteuses et ne pas laisser le fumeur tout seul avec sa volonté.

Dépister pour mieux soigner

Tous les fumeurs ne développent pas une addiction au tabac. Mais pour le savoir, il faut repérer l’addiction en amont. C’est le rôle de Jeanne « agent conversationnel animé pour dépister les problèmes d’alcool et de tabac » développé au sein du laboratoire Sanpsy. Un outil de réalité virtuel qui a vocation à seconder les professionnels de santé dans des tâches indispensables mais répétitives et chronophage. Jeanne pose des questions aux patients sur leur consommation afin d’évaluer les addictions, puis détermine la meilleure orientation à donner pour permettre au médecin d’intervenir utilement lorsque c’est nécessaire. « Les personnes ainsi dépistées pourront plus rapidement accéder à une prise en charge et le médecin peut passer à une phase thérapeutique de première intention sans délai » précise Marc Auriacombe. Un gain de temps très bénéfique pour le patient.
« Il est fondamental de repérer ces personnes qui, vues par leur entourage semblent s’obstiner à se faire du mal, afin de  leur proposer un accès aux soins »  insiste-t-il. A cet égard, l’Hôpital Charles Perrens de Bordeaux a mis en place dès 2012 des consultations d’aide au sevrage tabagique pour ses personnels, gratuites et accessibles sur le temps de travail. Suite à une enquête menée en 2017 par le laboratoire Sanpsy, il est apparu que grâce à cette aide, 27% des fumeurs concernés ont bénéficié d’une consultation et la grande majorité d’entre eux ont poursuivi cette prise en charge. Un point très positif compte tenu que ce chiffre était auparavant en dessous de 10%.  

« Même les arrêts tardifs sont associés à une amélioration de la santé et de la mortalité.  Quelque soit l’âge et la quantité consommée, le patient gagne forcément en confort » conclut le spécialiste.

Pour rencontrer Jeanne ou un professionnel addictologue, rendez-vous dans le hall d’accueil du campus Bordeaux Carreire les vendredis 17 et 24 novembre de 11h30 à 14h15. Accès libre sans rendez-vous aux étudiants et aux personnels.

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Centre Hospitalier Charles Perrens
Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie

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