Mise en œuvre de la loi Orientation et réussite étudiante

Le point sur la loi Orientation et réussite étudiante avec Sandrine Rui, vice-présidente Formation, vie universitaire et citoyenne de l'université de Bordeaux.

  • 17/04/2018

Étudiants en amphi © H. Breteau / université de Bordeaux Étudiants en amphi © H. Breteau / université de Bordeaux

La loi Orientation et réussite étudiante (ORE) a été votée le 8 mars 2018, où en est-on dans la mise en œuvre au sein de l’université de Bordeaux ?

Toutes les étapes de délibération sont désormais franchies. Le conseil d'administration du 12 avril dernier a rendu un avis favorable sur les capacités d’accueil, après les avis également favorables de la Commission formation et vie universitaire et des conseils de collèges. Ces différentes instances ont permis de débattre de la loi et de son application. Des débats denses dans lesquels chacun a pu présenter son point de vue, ses craintes comme ses questionnements. Les commissions d’examen des vœux vont pouvoir travailler. Certaines dispositions de la loi (adaptation de la procédure relative à la césure, mise en place des directeurs d’études, définition des dispositifs d’accompagnement pédagogique…) ont fait ou feront l’objet dans les prochaines semaines de groupes de travail.

Pouvez-vous rappeler le contexte et le cadre de cette réforme ?

L’amélioration de la réussite des étudiants, quelles que soient leur filière d’origine ou leurs aspirations, est le premier objectif de la Loi ORE. Elle prend enfin au sérieux la question de l’orientation, et tant les lycées que les établissements de l’enseignement supérieur sont amenés à mieux accompagner les lycéens dans leur choix. De fait, elle acte de la fin du tirage au sort, mécanisme de sélection absurde, qui permettait de faire l’économie de toute réflexion pédagogique. On passe ainsi d’une plateforme APB qui servait à réguler des flux de lycéens de façon automatisée et aveugle à Parcoursup qui est d’abord une plateforme de dialogue entre lycéens, enseignants du secondaire et enseignants de l’enseignement supérieur.

L’enjeu est de s’assurer que les lycéens disposent de toute l’information utile, qu’ils puissent s’assurer que leurs acquis et leurs aspirations sont en cohérence avec les caractéristiques des formations, et qu’ils puissent exprimer leur motivation. Les équipes pédagogiques pourront ainsi mieux penser les dispositifs d’accompagnement à la réussite au regard des profils des candidats. Ces dispositifs ne pourront être mis en place qu’à la rentrée 2019, mais le travail de définition s’amorcera dès le mois de mai avec les équipes pédagogiques.

L’université va-t-elle, comme on l’entend actuellement, devenir plus sélective ?

Non, les formations déjà sélectives le restent - c’est le cas des filières de l’IUT par exemple - et les autres formations restent non-sélectives. Les capacités d’accueil validées pour chaque filière ont d’ailleurs été définies de sorte que le nombre de places offertes aux néo-bacheliers et aux étudiants en réorientation soit maintenu ou augmenté par rapport à la dernière rentrée. Il y aura ainsi 300 places supplémentaires à l’université de Bordeaux à la rentrée prochaine.

Reste la question des filières en tension, comme la psychologie ou encore les STAPS. Ces filières attirent de façon massive les lycéens depuis plusieurs années sans que nous puissions tous les accueillir dans des conditions d’études satisfaisantes ; elles n’avaient jusqu’ici d’autre choix que de laisser le tirage au sort faire le tri. Les nouvelles conditions d’admission sont indéniablement plus justes et plus transparentes. Pour les candidats qui resteraient en attente, la procédure complémentaire qu’ouvrira le rectorat dès juin, et à laquelle nous serons associés, a pour objectif de ne laisser personne sans formation.

La phase de saisie des candidatures par les lycéens est terminée. Le nombre de candidatures est-il en augmentation ?

En moyenne, pour l’Académie de Bordeaux, un lycéen a effectué environ 7 vœux de formation sur Parcoursup et le nombre total des vœux à l’université de Bordeaux est globalement proche de celui de l’an dernier sur APB avec cependant quelques différences : une baisse du nombre des vœux des candidats de l’académie en PACES, une baisse également pour les filières en sciences et technologie et en droit, une augmentation en revanche pour les licences en psychologie, sociologie et MIASHS. A noter que toutes les filières sélectives voient le nombre de vœux augmenter.

L’université de Bordeaux a-t-elle obtenu des moyens supplémentaires du Ministère pour mettre en place cette réforme ?

Notre établissement peut compter avec trois volets de dotation complémentaire. Le premier s’élève à près de 294 000 euros, un soutien pérenne destiné à la rétribution des directeurs d’études, à la préparation de la phase d’admission, et à la mise en œuvre des dispositifs pédagogiques d’accompagnement à la réussite. Le deuxième volet est destiné aux filières qui ont augmenté leurs capacités d’accueil et permet de recruter 6 enseignants et enseignants-chercheurs à la rentrée prochaine en STAPS, Psychologie, AES, Droit et Sciences de l’ingénieur, avec également une dotation de 70 000 euros en soutien aux équipes pédagogiques qui accueilleront davantage d’étudiants.

Enfin, le Ministère a prévu une dotation pluriannuelle d’investissement de 100 millions d’euros au niveau national d’ici 2022 pour le financement de locaux et d’équipements. Dans le cadre du dialogue de gestion avec le rectorat, nous avons demandé des moyens pour équiper 11 espaces d’apprentissage, la mise en réseau d’amphithéâtres sur le campus de Pessac et le développement du campus santé à Dax pour l’accueil des étudiants de PACES . Nous connaîtrons bientôt le montant des moyens supplémentaires accordés.

Concrètement comment vont se dérouler les commissions d’examens des vœux ?

A l’université de Bordeaux, 14 référents ont été formés à l’usage de l’outil d’aide à la décision et forment à leur tour les membres des commissions au paramétrage de l’outil intégré à la plateforme Parcoursup.

Les commissions vont maintenant déterminer les critères permettant l’analyse et le classement des candidatures en tenant compte des caractéristiques de la formation, du projet du lycéen, de ses acquis et de la fiche Avenir renseignée par les lycées. Elles ont jusqu’au 18 mai pour étudier les dossiers des lycéens et rendre leurs avis.

C’est incontestablement un travail inédit et supplémentaire pour les équipes pédagogiques, auquel je participerai moi-même comme enseignante-chercheure. Il sera important de partager les implications de la loi à la fois en termes de charge de travail, de conditions d’admission et de réussite étudiante. J’instituerai un comité de suivi de la réforme afin que nous soyons collectivement réflexifs et que, le cas échéant, toutes les améliorations utiles soient apportées.