Meilleurs voeux... en bleu

Pour souhaiter ses vœux 2017, l’université a choisi de le faire sous le signe du bleu - la couleur qu'elle s'est choisie - en mettant à l’honneur un appareil créé en 1787, le cyanomètre.

  • 20/12/2016

« Tous ceux qui ont vu d’un œil observateur les aspects dont on jouit sur les hautes montagnes, ont remarqué que le Ciel y paroît d’un bleu beaucoup plus foncé que dans la plaine. Ce phénomène m’avoit souvent frappé : lors donc que j’eus conçu l’espérance de parvenir à la cime du Mont-Blanc, je cherchai le moyen de déterminer le degré d’intensité que le Ciel me présenteroit du haut de cette cime ». C’est par ces mots que Horace-Bénédict de Saussure introduit son mémoire sur son appareil destiné à mesurer l’intensité de la couleur bleue du ciel dans Les Mémoires de l’Académie royale des sciences de Turin (Volume 8 - 1er janvier 1788).

Le cyanomètre de Horace-Bénédict de Saussure (bibliothèque de Genève, Suisse)

Ce scientifique suisse (1740-1799) à la fois naturaliste, géologue mais aussi professeur de philosophie à l’Académie de Genève était également passionné de sciences physiques et de montagne. Il les a mis à l’honneur dans son ouvrage Voyages dans les Alpes, ce qui lui vaut une statue au cœur de la ville de Chamonix, au côté de Jacques Balmat.

Portrait de Horace Bénédict de Saussure, d'après une photo de Juehl, bibliothèque de Genève

Ce dernier, qui avait réussit la première ascension du Mont-Blanc en 1786, guide Horace-Bénédict de Saussure à son sommet en août 1787. Le scientifique y fait différentes expériences, comme la mesure du point d’ébullition de l’eau à 86,24 °C, et il teste différents appareils dont son cyanomètre, une sorte de « thermomètre » pour mesurer le bleu.

Un pionnier de la météorologie

Sa première version comprenait 16 tons de bleu, du noir jusqu’au blanc. Lors de cette expérience, il prit la mesure à midi au sommet du Mont-Blanc (il relève un bleu foncé), son fils à Chamonix et un ami à Genève (bleu clair). Sa deuxième version un an après comprenait 53 nuances.

Lorsque j'ai préparé ces papiers colorés en bleu de toutes les nuances, j'en colle des morceaux égaux sur le bord d'un cercle de carton blanc, où ces nuances sont disposées, suivant leur ordre, depuis la plus foible jusqu'à la plus foncée. Ce carton devient alors ce que j'appelle un Cyanomètre : lorsqu'on veut faire en faire usage, il faut le placer entre le Ciel & son œil, & chercher la nuance dont le ton est égal à celui de la couleur du Ciel.
Horace-Bénédict de Saussure dans Mémoire de l'Académie des sciences de Turin

Pour lui, « cette détermination tient à toute la météorologie, puisque la couleur du Ciel peut être considérée comme la mesure de la quantité des vapeurs opaques ou des exhalations qui sont suspendues dans l’air ». Une hypothèse dont on sait aujourd’hui qu’elle est vraie puisque l’absence de poussières et de vapeur d’eau en altitude permet au bleu d’être plus intense. Le Suisse termine son mémoire en souhaitant « que ces observations fussent répétées en différents pays & sous différents climats : je ne doute pas que l’on ne pût en tirer des résultats intéressants pour la météorologie ».

Si aujourd’hui, d’autres méthodes plus précises sont utilisées en météorologie, certains scientifiques tels que le naturaliste allemand Alexander von Humboldt (1769-1859) a emporte son appareil lors de ses voyages en Amérique du Sud. L’artiste Martin Bricelj Baraga s’en est également inspiré pour une œuvre qu’il a installé au cœur de la capitale slovène Ljubljana depuis cet été 2016.

Pour en savoir plus

La fondation La main à la pâte a consacré une animation sur le cyanomètre.